⏱ 7 min de lecture
Julia adorait raconter des histoires rocambolesques à ses amis ; elle était d’ailleurs connue pour son imagination débordante. Sa période préférée était celle de Noël, où tous les rêves pouvaient devenir réalité. Elle attendait avec impatience de pouvoir décorer le sapin et d’écrire son vœu sur un bout de papier qu’elle accrocherait, comme le voulait la tradition dans son foyer.
Elle avait été abandonnée par sa famille, mais elle s’en fichait. Elle préférait être ici que mal aimée ou frappée ! Elle voyait toujours le bon côté des choses. Le 10 décembre était arrivé et le sapin de Noël, un Nordmann d’1m75, était enfin installé dans le grand salon. Julia frappait dans ses mains, tout excitée. Elle se proposait chaque année pour le décorer.
— J’ai hâte de commencer ! dit-elle à son amie Aurélia.
— As-tu choisi ton vœu cette année ?
— Évidemment ! Je veux devenir une fée pour avoir des pouvoirs magiques ! Pas des pouvoirs genre super-héros pour lutter contre des méchants, mais pour rendre la vie plus gaie et plus colorée.
— C’est vraiment gentil de ta part, j’espère que ton vœu se réalisera !
Aurélia était plus âgée que Julia et l’avait prise sous son aile, car elle se faisait régulièrement chahuter par les autres gamins. Julia était une petite blondinette frêle, rêveuse et naïve, avec sa propre vision du monde : celle qui la rendait heureuse.
Elle déposa des guirlandes rouges et dorées sur plusieurs branches, installa des boules assorties de façon homogène, accrocha des étoiles, des gouttes, des pommes de pin et des sucres d’orge, et enfin son papier avec le vœu écrit dessus. Aurélia appuya sur l’interrupteur et les lumières multicolores scintillèrent et clignotèrent en musique. Le cœur de Julia palpita devant ce spectacle magnifique ; une grande émotion s’empara d’elle, de celle qui vous donne envie d’exploser ! Son amie lui saisit la main pour la soutenir.

Aurélia chercha pendant plus d’une semaine un cadeau de Noël parfait. Elle trouva une vieille baguette dans une boîte cachée au grenier. Elle la nettoya et l’emballa dans un beau papier orné de flocons de neige argentés. La pauvre Julia n’avait pas un sou en poche. Elle se résigna à faire le plus beau des dessins pour son amie : une fée vêtue d’une belle robe rose en tulle, avec de grandes ailes blanches et une baguette magique.
Le jour de Noël, tous les enfants avaient droit à un petit cadeau grâce à des dons caritatifs. Julia tira sur le bolduc et prit garde de ne pas déchirer le beau papier rouge aux rennes dorés. Ses yeux s’écarquillèrent quand elle découvrit sa baguette magique et elle ne put s’empêcher de pleurer ! À l’intérieur de la boîte se trouvait un mot : Attention, ceci n’est pas un jouet ! Si tu répètes la formule magique « Abracadabra » après ton souhait, il se réalisera le lendemain.
Julia n’en revenait pas. Elle agitait sa baguette dans les airs comme un chef d’orchestre en riant, et tous les autres enfants la regardaient bizarrement. En se rendant dans sa chambre, elle passa devant une orchidée sans fleurs. Ce n’était plus que deux tiges et des feuilles qui semblaient s’ennuyer seules sur sa table.
— Je veux que cette orchidée guérisse et refleurisse, abracadabra ! demanda-t-elle en fermant les yeux.
Le surveillant David, qui arrivait dans le sens opposé, assista à la scène en souriant.
— Tu es peut-être une fée, mais pas une « fée du logis » ! Alors, va ranger ta chambre avant de manger, s’il te plaît !
Julia obéit et, pendant qu’elle rangeait ses livres et ramassait le linge éparpillé au sol, elle pensait à des souhaits.
— Le dîner est prêt ! Et « fée » attention dans l’escalier, la prévint Aurélia.
Julia arriva dans le réfectoire en courant, vêtue de sa plus belle robe rose, sa baguette magique à la main et un ruban rose dans les cheveux. Un groupe de garçons se mit à rigoler sur son passage ; Julia haussa les épaules.
Henri le cuisinier arriva, toque blanche et tablier taché, en poussant son chariot. Il servait de grandes louches de pâtes dans chacune des assiettes. Une fois arrivé devant Julia, il la vit en plein discours avec ses amies.
— Ce soir, c’est « fée »ttucine aux lardons ! dit-il avec un clin d’œil.
Julia ne comprit pas du tout la blague. Elle sourit par politesse avant d’engloutir une grande fourchette.
— « Fée »chaud ? lança le garçon roux de la table derrière elle, avant de pouffer.
Julia se retourna, lui tira la langue et finit son assiette en silence. Personne ne lui gâcherait son repas ! Après son dessert, elle se coucha rapidement.
Au petit matin, Aurélia tira les rideaux roses pour faire entrer la lumière dans la chambre et s’assit sur le bord du lit.
— Bonjour, regarde comme il « fée » beau aujourd’hui ! Debout, le petit déjeuner est servi !
Julia sauta de son lit et courut jusqu’à la table du couloir voir son orchidée. Elle était métamorphosée : de belles fleurs blanches avaient poussé sur les tiges pendant la nuit.
— Regarde-la, elle est si jolie ! Tu vois, elle a fleuri comme je l’avais demandé ! Je suis une véritable fée !
— « Fée »licitation Julia ! dit Aurélia amusée, avant de poursuivre son chemin.

Julia fit sa toilette. Elle enfila à nouveau sa robe rose avec son ruban dans les cheveux. Elle n’oublia pas sa précieuse baguette magique. Elle dansa dans les couloirs, faisait des bonds et battit des bras comme si elle était pourvue d’ailes.
— Ne « fée » pas ça, tu pourrais blesser quelqu’un ! prévint David en secouant la tête.
— Je voudrais que David soit plus souriant, abracadabra !
Ce dernier lui fit une grimace et poursuivit son chemin. Julia chantait et sautillait dans les couloirs en prononçant différents vœux. Les autres enfants sortaient au fur et à mesure de leur chambre pour la regarder.
— « Fée » gaffe, tu vas te faire engueuler ! lui dit un petit brun à lunettes.
Julia n’écoutait plus, elle était transcendée. Son esprit cherchait tout ce qu’elle pouvait améliorer : de meilleurs repas, un nouveau papier peint dans sa chambre, un tableau fleuri dans le salon…
Elle arriva bientôt à cours d’idées. La dernière fut d’aider Aurélia afin qu’elle trouve l’amour. Elle la chercha partout dans les couloirs et devina qu’elle devait être dans la salle du personnel. Alors qu’elle s’apprêtait à pousser la porte, elle entendit une conversation entre Aurélia et David. Elle se cacha pour écouter quand son nom fut prononcé.
— Pourquoi rentres-tu dans son jeu, Aurélia ? Tu ne vas pas acheter des fleurs ou je ne sais quelle connerie à chaque fois que Madame la « Fée »lée va faire un vœu ! On est dans un hôpital psychiatrique, ici, pas à Disneyland !
— C’est le Docteur Dupont qui nous a demandé de tenter cette expérience pour traiter sa schizophrénie. Et dans la mesure où ce n’est pas dangereux pour elle, je ne vois pas où est le problème. Elle est heureuse ! se défendit Aurélia.
De colère, Julia jeta sa baguette magique contre le mur et arracha le ruban de ses cheveux. Des larmes coulèrent sur ses joues. Elle était si déçue de ne pas être une vraie fée. Encore une fois, son monde s’écroulait. Tout le monde lui avait menti. On s’était moquée d’elle. Son corps glissa lentement vers le sol de désespoir… mais en une fraction de seconde, son visage se figea et elle changea complètement d’expression.
— Tant pis, demain je serai un lama et je cracherai sur tout le monde !
Vous avez aimé cette nouvelle ?
Je suis Audrey, rédactrice web SEO à Tours.
Images générées par IA.
Laisser un commentaire