Le châtiment

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Je vis ici sans espoir s’en sortir. Je ne me rappelle même plus quand je suis arrivé. J’ai perdu la notion du temps : dans cette prison, toutes les journées se ressemblent. Pourquoi je suis là ? Par erreur, évidemment.

Je n’ai rien demandé à personne. Je n’ai même pas demandé à naître, d’ailleurs. Ma mère, jeune et insouciante, a eu trop d’enfants. Mon père l’a quittée alors qu’elle était enceinte. Du jour au lendemain, un juge a décidé qu’elle n’était pas apte à m’élever seule.

médecin qui rempli une seringue

Pourtant, ce n’est pas le pire souvenir de ma vie, mais celui de ma première visite médicale. Je me souviens encore de cette odeur particulière et de cet homme masqué qui s’est avancé vers moi avec une grande aiguille pour me vacciner.

J’ai eu très peur et j’ai pleuré, mais personne n’est venu m’aider. Cet homme m’a marqué à vie. J’ai appris plus tard qu’il m’avait fait autre chose ce jour-là, mais je n’en garde aucun souvenir.

Ensuite, j’ai été placé dans une première famille d’accueil. J’étais tellement heureux, jeune et insouciant. Je croyais que ce foyer serait le mien pour la vie. J’avais enfin un lit moelleux et un coin rien qu’à moi. Un jour, alors que je jouais, j’ai déchiré le papier peint gris de la chambre d’ami. J’étais curieux de savoir ce qu’il y avait derrière. Ce n’était pas ma première bêtise, mais ce fut celle de trop. Mon père Daniel en a eu assez de réparer les objets que j’avais cassés ou abîmés et il m’a ramené à l’orphelinat.

J’ai eu énormément de peine d’être rejeté. Qu’avais-je fait de mal à part être moi-même ?

Quelques mois plus tard, une nouvelle famille d’accueil s’est présentée. Mon père adoptif, Guy, était un homme gentil qui aimait jouer au football avec moi. Il me trouvait agile et vif.

— Tu as un instinct de champion ! me félicitait-il.

Ma mère adoptive, Karen, était très affectueuse avec moi. Elle avait déjà un enfant nommé Léo qui était jaloux de notre relation. Dans le dos de ses parents, il me faisait vivre un véritable enfer. Il lui arrivait de jeter ma balle préférée très loin dans le jardin, comme on le ferait avec un chien.

— Va chercher ! disait-il en rigolant.

Parfois, il cachait mes jouets ou me frappait sur la tête. Je ne l’ai pas supporté longtemps et nous nous sommes disputés. Je l’ai mordu si fort qu’il a saigné. Je ne sais pas ce qui m’a pris.

Après cela, il n’a plus jamais voulu me voir ni me parler, tout comme le reste de la famille d’ailleurs…

Retour à l’orphelinat.

Là-bas, la vie est difficile : les plus forts intimident les plus faibles. Au début, je voulais éviter les problèmes, me fondre dans le décor. Malheureusement, un certain Félix m’a pris en grippe. Il me volait ma nourriture et parfois me crachait dessus.

_ Que vas-tu faire ? Te battre ? me défiait-il du regard.

J’avais beau essayer de me montrer fort, je ne faisais pas le poids face à lui. Il était bien plus costaud que moi. Quand Félix est parti, je me suis promis que cela ne se reproduirait plus. Alors, en attendant qu’une autre famille veuille de moi, je me suis entraîné. J’ai grandi et je suis devenu accro au « parcours », cette discipline qui consiste à utiliser tout ce qui nous entoure pour grimper, sauter et se muscler. Après ça, plus personne ne m’a cherché.

rangée de lits pour illustrer un orphelinat

Un an plus tard, une femme nommée Suzanne a accepté de me donner une autre chance. Au début, j’ai joué les timides pour éviter d’être rejeté trop vite. J’étais devenu désabusé et je me demandais combien de temps il faudrait avant qu’elle se lasse de moi, comme tous les autres.

Elle n’avait ni mari ni enfant, ce qui était une chance pour moi. Elle craquait pour mes beaux yeux verts et m’appelait souvent « mon bébé ». Elle a fait preuve d’une immense patience avec moi, au point que j’ai fini par accepter de me blottir dans ses bras. Je crois même qu’elle en a pleuré de joie.

teckel

Deux ans plus tard, elle a acheté un teckel qu’elle a appelé Médor. Quel manque d’originalité ! Je n’ai vraiment pas eu de chance, car ce chien m’a immédiatement détesté. Il retroussait les babines et grognait chaque fois que j’entrais dans une pièce. Je ne le supportais plus.

C’est pourquoi je suis parti de mon plein gré avant de le blesser. Mon casier était déjà bien assez chargé.

Les premiers jours, j’étais heureux. J’étais libre de me balader dans la nature, où je voulais et aussi longtemps que je le souhaitais. Plus d’attaches, plus personne à qui obéir.

Je me souviens d’une fois où j’ai failli me faire renverser par une voiture. J’ai traversé la rue sans regarder et je l’ai évitée de justesse. Le conducteur m’a crié dessus pendant que je m’enfuyais. J’ai eu très peur.

J’ai aussi fait de mauvaises rencontres, car la rue est encore plus dangereuse que l’orphelinat. Pour survivre, j’ai dû me battre avec d’autres sans domicile fixe, ce qui m’a laissé une belle cicatrice à l’oreille.

Sans aucune ressource, je devais me débrouiller pour manger. J’ai bien essayé de pêcher, mais les poissons réussissaient toujours à s’échapper. Un jour, j’ai rencontré Tom, qui a accepté de partager sa prise avec moi, et nous avons sympathisé.

Mais c’est aussi à cause de lui que je me suis fait pincer. Il avait trouvé une maison dont la fenêtre de la cuisine restait souvent ouverte. Une vieille dame y habitait. Dès qu’elle avait le dos tourné, il volait la nourriture laissée sur la table. Mais la vieille dame a fini par s’en apercevoir et appeler la police.

C’est ainsi que j’ai atterri dans cet endroit sinistre, avec une cellule aussi petite qu’une boîte. En plus, je dois la partager avec des colocataires peu commodes. Je prends sur moi, car ils ne restent jamais très longtemps.

Je n’ai même pas eu droit à un procès pour prouver mon innocence et, d’après les bruits de couloir, mes jours sont comptés. Si personne ne vient me sauver, je serai condamné à mort dans quelques semaines.

Tout ce que j’ai vécu m’a profondément marqué. Je suis fatigué et abîmé. Je répète à qui veut l’entendre que je vis ici sans espoir d’en partir, mais c’est faux.

deux mains qui tiennent des barreaux d'une prison

Comme le dit le proverbe : « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». J’y crois chaque fois que la lumière s’allume et qu’un employé de la fourrière ouvre ma cage pour m’apporter des croquettes.

Ici, on m’appelle « le chat n°15 » et je ne mérite pas le châtiment qui m’attend : l’euthanasie.

Avez-vous été surpris par l’identité du narrateur ? 😮

Je suis Audrey, rédactrice Web SEO à Tours.

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