Burn-out en banque : ce que j’ai traversé

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Bien que je ne sois pas entrée dans la banque par passion, j’étais plutôt heureuse de profiter de tous ses avantages. C’était un emploi stable et bien rémunéré. Je n’avais pas imaginé en subir les inconvénients : le burn-out bancaire. Je me pensais solide. J’ai confondu lassitude et fatigue. Pour moi, c’était normal d’avoir envie de changement après plusieurs années au même poste, normal de me sentir moins motivée. Mais quand mes larmes ne se sont plus arrêtées de couler, j’ai dû réagir.

Ce que je n’avais pas vu, c’est que les signes étaient déjà là depuis longtemps. Avec le recul, je peux les identifier. Je peux aussi comprendre ce qui m’a menée jusque-là, et ce qui m’a permis d’en sortir. C’est ce que je vais vous partager ici.

Le burn-out bancaire : un engrenage invisible

Ma carrière a débuté au service des crédits, en back-office. Je traitais les modifications de prêts : changements de taux, de durée, de garanties. Chaque dossier nécessitait de reprendre le contrat et de le paramétrer dans le logiciel bancaire. Les dossiers arrivaient en continu, déposés directement sur le bureau. Il fallait suivre le rythme. Si je ne finissais pas dans la journée, la pile s’accumulait pour le lendemain.

À cette charge s’ajoutait une prime annuelle, conditionnée à des objectifs quantitatifs et qualitatifs. Une motivation en apparence, mais qui ajoutait une pression supplémentaire, avec son lot de stress et de déception quand les objectifs n’étaient pas atteints.

pile de dossiers épais

Au bout de dix ans dans ce service, j’ai demandé à changer. L’arrivée d’une nouvelle manager avait modifié l’ambiance, et je ne me voyais pas continuer dans ces conditions. Les places étant rares au siège administratif, j’ai accepté une opportunité au service contentieux. Mon profil était atypique : je n’avais aucune formation en droit. Mais on m’a assuré que j’apprendrais sur le tas.

Un point me faisait pourtant douter : je n’aimais pas les conflits. Et l’idée d’avoir à échanger directement avec des clients en colère me mettait mal à l’aise. J’ai pris sur moi et j’ai foncé.

Pendant 10 ans, j’ai enchaîné les mises en demeure, les saisies immobilières et les accords amiables. Derrière chaque procédure, il y avait des situations délicates : des difficultés financières, des séparations, des maladies et parfois des escroqueries. Chaque appel téléphonique devenait une source d’anxiété. Je ne savais pas sur quoi j’allais tomber : un client qui crie ou qui pleure ?

Je gérais un portefeuille pouvant aller jusqu’à 400 dossiers. Mais je me croyais forte, capable de supporter la charge de travail et d’atteindre mes objectifs sur la durée. Une prime annuelle devait également me motiver : taux de réponse au téléphone, productivité… Elle renforçait surtout la pression. J’aidais aussi des collègues quand j’étais à jour, car j’ai toujours été organisée et productive. Je n’étais pas capable de ralentir ma cadence, sauf que je m‘épuisais lentement.

Le moment où tout a basculé

J’ai vu trois collègues partir en arrêt pour surmenage, à quelques mois d’intervalles, victimes de symptômes physiques comme des malaises. Je n’avais rien de tout cela, alors je me disais que cela ne me concernait pas. Que c’était normal d’être fatiguée et que ça finirait par passer.

Je suis allée voir le service des Ressources Humaines, avant mon épuisement professionnel. J’ai demandé à changer de poste, mais il n’y avait rien pour moi. Alors je me suis dit que ça irait, qu’il fallait patienter. Une opportunité finirait par se présenter.

Mais certains soirs, sur le chemin du retour, je sentais que quelque chose n’allait plus. La fatigue et une tristesse que je n’arrivais pas à expliquer.

Puis, j’ai accepté de prendre en charge la comptabilité du service, en binôme avec une collègue. Oui, ça allait changer mon quotidien. Cette mission représentait environ la moitié de mon temps de travail.

J’ai donc demandé une réduction équivalente de mon portefeuille. La demande a été acceptée.

À mon retour de vacances, on m’a annoncé une baisse… de 17 %. Donc, loin des 50 % promis.

verre qui déborde à cause d'un filet d'eau qui illustre la goutte d'eau qui fait déborder le vase lors de mon burn-out

Les larmes ont monté pour ne plus s’arrêter. C’était la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

J’ai pourtant tenté de reprendre mon poste, en me disant que j’allais digérer cette situation et ma désillusion. Mais non, les larmes ont repris de plus belle.

Quand j’ai parlé de mon mal-être à ma supérieure, j’ai eu droit aux réponses clichées :

  • « Tu travailles trop. »
  • « Il faut que tu prennes du recul. »
  • « Tu te mets trop la pression. »

Comme si c’était un problème personnel, pas organisationnel. Et que 4 burn-outs dans un même service étaient dus au hasard !

Mon conjoint m’a poussé à consulter mon médecin traitant. Il a tout de suite compris mon désarroi et m’a prescrit un arrêt de travail. J’étais soulagée d’un côté, mais de l’autre, je m’en voulais de lâcher mes collègues et de ne pas avoir tenu quand d’autres le pouvaient encore.

Je ne supportais même plus de regarder une publicité ou passer devant l’enseigne de mon entreprise dans la rue.

Burn-out en banque : comprendre pour avancer

Avec le recul, les signes étaient là depuis longtemps. La fatigue qui ne partait plus même après le week-end. L’irritabilité qui montait pour rien. Des erreurs inhabituelles, alors que j’essayais d’être rigoureuse. La difficulté à me concentrer sur des tâches que je maîtrisais depuis des années.

Ma situation est loin d’être isolée. Selon une étude du Syndicat National de la Banque (SNB CFE-CGC) réalisée fin 2024 auprès de plus de 9 600 salariés, 44 % des employés du secteur bancaire présentent un risque élevé de burn-out.

J’ai compris que tout ne reposait pas uniquement sur moi. L’entreprise avait aussi sa part de responsabilité. La médecine du travail me l’a confirmé, mais son rôle se limite à formuler des recommandations à l’employeur. Le seul recours possible restait la voie juridique : apporter des preuves, engager des frais, se lancer dans une procédure. Quand la souffrance est psychologique, ce n’est pas évident. Je n’ai pas eu le courage de me battre.

Pendant mon arrêt, j’ai fait une introspection. Est-ce que j’avais déjà aimé ce que je faisais ? La réponse a été difficile à accepter. Il y avait des avantages, une stabilité, des repères. Mais au fond, je n’y trouvais pas d’épanouissement. Rien qui ne me fasse lever le matin avec entrain et qui me donne une satisfaction le soir.

Après des échanges tumultueux avec les Ressources Humaines, qui n’ont pas du tout fait preuve d’empathie, j’ai signé une rupture conventionnelle.

Bizarrement, l’équipe managériale de mon service a été remplacée quelques mois après !

femme qui croise les deux mains tendues vers nous en signe de rupture conventionnelle, de la fin de mon travail à la banque

De la banque à la rédaction web

J’ai ensuite traversé plusieurs phases comparables à un deuil.

  • Le déni : je n’arrivais pas à accepter cette page qui se tourne.
  • La colère : envers la banque pour ce qu’elle m’a fait et envers moi-même.
  • La tristesse : de quitter des collègues avec qui j’avais partagé des années de travail.

J’ai été accompagnée médicalement, avec un traitement et des consultations auprès d’un psychologue et d’un psychiatre. Le burn-out a aussi emporté quelque chose de plus profond : la confiance en moi. L’estime que j’avais construite au fil du temps s’est fragilisée. Je m’en voulais d’être faible.

Pendant cette période, j’avais besoin de m’extraire de la réalité. Je lisais beaucoup, je regardais des séries. Mon rythme de vie s’est décalé. Je mangeais mal, je me couchais tard. J’ai pris du poids. Cependant, j’ai toujours continué à pratiquer du sport, comme la danse ou le cross training. C’était indispensable à mon équilibre.

J’avais l’impression de m’enfoncer. Comme s’il fallait toucher le fond pour pouvoir remonter.

Puis, j’ai trouvé un exutoire dans l’écriture. C’est là que j’ai retrouvé une forme de liberté. J’ai commencé un roman et participé à des concours de nouvelles.

Quand je me suis sentie un peu plus stable, j’ai réfléchi à la suite. Au départ, je pensais ne rien savoir faire de particulier, à part de l’administratif. Ensuite, j’ai entamé un bilan de compétences.

point en l'air dans le ciel en signe d'espoir, de victoire symbolise la guérison

Je me suis d’abord orientée vers une formation en webmarketing. Le contenu était intéressant, mais trop généraliste pour moi. J’ai compris que cela regroupait plusieurs métiers, et que j’avais besoin de me spécialiser.

Je me suis alors tournée vers la rédaction web, avec la formation de Lucie Rondelet.

Après tout, j’avais été rédactrice crédits, puis rédactrice contentieux. La différence, c’est que, cette fois, je ne rédigerai plus de procédures. J’écrirai pour aider les entreprises.

J’ai découvert une autre manière d’utiliser les mots. Structurer un contenu, répondre à une intention de recherche, choisir les bons mots-clés, construire une stratégie. Un métier avec du sens.

Cette expérience m’a permis de mieux comprendre ce que je ne voulais plus dans le monde du travail. Un environnement de travail dégradé. Un management fondé sur la défiance. Le besoin de se justifier en permanence, y compris en télétravail. Et cette impression d’être infantilisée. Le plus difficile, c’est de reprendre confiance en soi et de vaincre la peur de perdre sa liberté.

J’y travaille toujours !

La vie est trop courte. Prenez soin de votre santé mentale.

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